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Journal de bord d'un étudiant en cursus de management au Campus des Musiques Actuelles

15/02/2017

Je m'appelle Franz, j'ai 26 ans, ça fait maintenant une dizaine d'années que je fais de la musique, je me suis toujours 

considéré comme amateur.

 

En 2012, j'ai intégré un groupe valenciennois qui m'a permis d'effleurer le monde professionnel, je dis « effleurer » car

par manque de rigueur (sûrement) et de connaissance de cet univers (surtout), notre projet de vivre de notre musique

s'est vite transformé en « comment survivre de notre musique » voire même « comment survivre et essayer de

continuer à faire de la musique ». Parce-que oui, clairement, peu de gens encouragent ce genre d'initiative, on te

demande souvent si tu as « un vrai boulot » en dehors de ta passion qu'est la pratique musicale.

Surtout, quand tu commences à toucher quelque chose d'intéressant, ton groupe est considéré comme chanceux.

Pourtant, je ne pense pas que la chance soit le seul facteur menant au « succès » (= s'arranger pour jouer souvent,

sortir et vendre des cds, en essayant d'avoir plus ou moins un SMIC mensuel).

 

Pour moi, un artiste est de base une personne extrêmement persévérante, surmontant les échecs, les remises en

question, le doute constant car on sait rarement de quoi sera fait le lendemain, si l'art plaira toujours voire même s'il

sera toujours la propriété de son créateur.

 

Il faut avouer que dans nos formations scolaires générales, on ne nous a jamais vraiment appris à faire autre chose

que des cursus d'études standards visant à se faire employer. Dans ce monde impitoyable qu'est l'industrie musicale

française, il faut savoir créer sa place, la légitimer et la faire vivre car le public et le marché passent vite à autre chose.

 

Parmi les gens que j'ai rencontrés au gré de mes voyages liés à la musique, je me suis rendu compte que la plupart

des artistes croient énormément en leurs projets mais ne savent pas comment le porter, une fois la phase « amateur »

passée. Récemment, j'ai rencontré des artistes géniaux mais attendant patiemment la reconnaissance de leurs pairs et de leur public, ils ont lâché prise et se sont réorientés vers des boulots alimentaires n'aidant en rien leur créativité.

 

On se dit alors que certains ont de la chance et qu'ils ont créé leur musique au bon moment, pourtant j'avais en tête

qu'il y avait sûrement d'autres critères qui peuvent amener des musiciens à se satisfaire personnellement et

financièrement de leur art.

 

N'ayant pas cherché à continuer mes études après le bac, par manque d'intérêt et de motivation, j'ai longtemps tenté

de trouver ma place mais je me suis par la suite rendu compte que sans diplôme, mes compétences ne peuvent être

reconnues. Je n'avais pas spécialement envie non plus de quitter mon valenciennois natal et le réseau que je m'y suis

constitué au fil des années.

 

Je connaissais le campus des musiques actuelles car nombreux sont les musiciens locaux à s'y être formés et surtout à s'être professionnalisés à la suite du cursus. De mon point de vue, je n'ai clairement pas le niveau d'instrumentiste

attendu en audition pour tenter d'intégrer la première année de cette école.

 

En parcourant le site, j'ai découvert que l'équipe pédagogique avait pris l'initiative de lancer un cursus de management

d'artistes pour l'année scolaire 2016/2017. En prenant du recul, il était clair que tous ces musiciens que j'ai rencontrés

manquaient sûrement d'encadrement visant à les professionnaliser, d'une personne extérieure au projet avec une

vision plus large, plus commerciale et marketing peut-être mais clairement artistique.

Je m'étais heurté à cette problématique durant les années d'existence de mon groupe, j'étais donc sûr de pouvoir me

rendre indispensable en endossant les responsabilités incombant au rôle de manager.

 

Je passe donc en juin 2016 l'entretien d'entrée et me rends alors compte que mon background n'est pas à délaisser et

que mine de rien, j'ai déjà appris pas mal de choses sur le tas.

 

L'année scolaire commence en octobre et dès les premières semaines, je me rends compte de mes lacunes sur pas

mal de points cruciaux.

 

Dès le début, nous participons à des cours communs avec les autres élèves de première année (les techniciens et les

musiciens), nous apprenons l'harmonie, la technique et nous participons à un stage de musique assistée par

ordinateur. L'idée principale de ce tronc commun est d'être capable de parler le même langage entre toutes les

branches des métiers de la musique, représentée par les 3 cursus de l'école.

Rapidement, j'oublie l'image du manager avec le cigare aux lèvres, les lunettes de soleil et les cheveux gominés, je la

remplace par la mienne : cernes apparents, clope, clope, café, clope et surtout smartphone, toujours bien chargé.

Effectivement, je comprends vite que nous apprenons à devenir une interface professionnelle entre plusieurs acteurs

au sein d'un même projet, nous devons être aptes à répondre à tout type de questions, allant du simple « quand est-ce qu'on répète ? », au « elle en est à combien de mois ta femme ? », parce-qu'un bébé qui naît pendant la promo d'un album c'est clairement pas le top.

 

Bien sûr, nous avons aussi des cours dédiés au management avec notamment de la comptabilité, du droit, de la

communication, appliqués à la musique mais aussi des leçons sur les différentes politiques culturelles en France et en

Europe. Nous rencontrons régulièrement des intervenants extérieurs qui viennent nous parler de leur job, ce qui nous

projète directement et concrétise la théorie vue auparavant.

D'anecdotes en anecdotes, je comprends que le boulot qui m'attend nécessite énormément de compétences et de

facilité d'adaptation car il n'y a pas de modèle standard pour obtenir un résultat probant.

De toute façon, toutes les musiques se vendent, tous les goûts sont dans la nature, la problématique n'est pas de

trouver un style de composition « qui marche » mais plutôt de concrétiser par des mots ce que l'on entend par

« marcher » et surtout de comprendre la méthodologie extra-musicale qui mène à des repas variés et du sommeil sur

ses deux oreilles.

 

L'intérêt de cette année d'étude est de comprendre les tenants et les aboutissants menant à la réussite d'un projet,

comprendre l'environnement, le contexte culturel et économique afin d'y ancrer ses artistes et leur expliquer cette

réalité.

Car, comme pour n'importe quelle création d'entreprise, un artiste doit savoir se placer parmi les autres acteurs de son

activité, étudier et comprendre le marché. Mon positionnement est donc d'être en perpétuelle veille informative, je dois

être au courant des évolutions de la législation, des structures encadrantes, notamment de la SACEM qui se modernise

en parallèle de la nouvelle « consommation virtuelle » de culture par le biais des nouveaux médias et réseaux sociaux.

Il faut toujours trouver les mots empathiques et rassurants car l'artiste a besoin d'un confort émotionnel et d'une stabilité pour prétendre à de la qualité dans sa création.

 

Depuis peu, je travaille avec des artistes émergents et notamment avec un ami que j'ai rencontré à Londres, nous

avons décidé ensemble de monter un projet avec des musiciens français. L'idée peut paraître un peu folle mais je me

suis dit que c'était un défi sympa à relever et que de toute façon, j'ai appris beaucoup de techniques de gestion et

d'organisation au cours de cette première moitié d'année. Sans jamais prendre un instrument en main, je regroupe les

musiciens nécessaires à la mise en place d'un set live, j'organise les premières rencontres puis répétitions, je

coordonne l'arrivée des informations (des traductions étant parfois nécessaires) et je m'assure qu'à l'arrivée de mon

ami british, la première semaine de travail soit fournie, bien programmée et que les musiciens soient prêts à jouer.

Une des grandes nécessités de mon travail est, qu'au sein du projet, tout le monde soit conscient de tous les aspects

qui le constitue. La rémunération des musiciens interprètes était déjà fixée avant la première répétition, les objectifs

clairement énoncés ainsi que toutes les directions à prendre, artistiques, techniques ou encore logistiques.

 

Car finalement, mon job ne leur paraît peut-être pas très concret mais si des lacunes se créent dans mon organisation

et dans ma vision de leur projet, ils seront les premiers à les blâmer.

 

Aussi, les élèves en cursus de management organisent les « students' live show » qui sont les concerts examens de

l'école, mettant en scène les musiciens avec les techniciens à la régie. Des premiers coups de fil pour négocier une

date dans les différents lieux culturels de la région jusqu'à la mise en place du catering pour les musiciens le soir

même, nous gérons toute la partie organisationnelle ainsi que les échanges entre les techniciens, les musiciens et la

salle qui nous reçoit. Nous appliquons donc la méthodologie vue en cours et nous prenons pour quelques temps la

place de producteur de spectacles, petit boulot sympa qui m'intéresserait bien à terme d'ailleurs ...

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